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Tout quitter et voyager en solo

Rédigé par: Samia Nicole Australie - 11 Mars 2019

9 janvier 2018
Je suis à l’aéroport de Montréal en attente de mon vol d’une vingtaine d’heures vers Mumbai, en Inde. Je suis toujours hangover de mon party de départ d’il y a quelques jours.  On s’est époumoné au karaoké et j’ai dit au revoir à tout le monde, sans réaliser vraiment que je n’avais aucune idée de quand j’allais les revoir. Toute ma vie se retrouve dans des boîtes, au sous-sol de mes parents.  J’ai quitté ma job, ma mère vient de me brailler dans les bras pendant 15 minutes et je suis toute à l’envers. 

Je planifiais tout de même ce voyage depuis longtemps. J’ai toujours été intriguée par les gens qui vivaient ailleurs, sans savoir quand est-ce qu’ils allaient revenir. Qu’est-ce que tu considères ta maison quand ça fait des mois que t’as pas vu tes proches, pas manger de poutine ou regarder Tout le monde en parle? Bref, j’étais dans un mix d’émotions intenses qui me donnaient des problèmes gastriques. . .

 

Ça fait plus d’un an maintenant que je suis sur la route. Une année bien remplie où j’ai fait un training pour être prof de yoga en Inde, dormi par terre avec les coquerelles dans un monastère bouddhiste en Thaïlande, visité un parc aquatique abandonné au Vietnam et vécu à Melbourne dans une grosse shared-house style le film Auberge espagnole. 

J’ai souvent l’impression que je vis dans un autre espace temps. Comme si j’avais mis ma vie à Montréal sur pause et que je devais revenir un an plus tard et que rien n’aurait changé. J’ai de la difficulté à réaliser que la vie continue sans moi au Québec. Que je rate les anniversaires, les baby showers, les ruptures et nouvelles romances de mes amies. C’est peut-être parce que ça ne me semble pas réel que je ne suis pas vraiment homesick (sauf la fois dans un bus de nuit au Vietnam, autour du temps de la St-Jean-Baptiste, où je me suis mise à brailler en écoutant Les chats sauvages de Marjo).

Il y a beaucoup de romantisme autour des voyageurs qui partent longtemps. On pense qu’ils sont toujours sur la plage, vivent leur best life 24h/24, ont de l’argent à l’infini, que chaque jour est une nouvelle aventure. C’est certain qu’il y a beaucoup de journées magiques, mais c’est aussi des constantes remises en question. Par exemple, quand t’as 28 ans, que certaines de tes amies sont enceintes et que toi tu cueilles des raisins pendant 8hrs au soleil dans une ville perdue du centre de l’Australie, ça se peut que tu te demandes : ”WTF, mais qu’est ce que je fais de ma vie POUR L’AMOUR”.

Je suis coupable de partager que le beau sur mes réseaux sociaux. Je post mes photos devant un temple, durant un trek ou sur la plage. Des beaux moments, j’en ai eu tout plein! Par contre, je n’ai clairement pas mis sur mon Instagram les 5 jours où j’ai alterné le bol de toilette et mon lit en Inde, la peine que j’ai eu quand j’ai break-up d’un petit ”hostel boyfriend” vraiment trop jeune pour moi ou encore quand j’étais tellement fauché que j’ai fait une de ces études médicales où l’on test un nouveau médicament sur toi en échange d’argent.  Mon voyage n’a pas toujours été glamour! 

Vivre ailleurs c’est aussi beaucoup de moment de solitude. J’ai dit au revoir à tellement de gens incroyables que j’ai rencontrés sur la route que ça en devient drainant émotivement. De plus, tu n’as pas le même cercle de support de tes proches que tu as à la maison. Tu vis donc chaque déception, coeur brisé ou petite maladie vraiment plus intensément, alors que d’ordinaire la même chose ne t’aurait pas atteint autant (genre quand je me suis mise à pleurer de frustration parce que j’arrivais pas  à trouver l’arrêt de bus alors qu’il faisait 40 degrés à New Delhi). 

 

Malgré qu’il y a eu certains moments plus difficiles, une année seule à l’étranger c’est un peu comme une thérapie. C’est une occasion d’apprendre à se connaître et se dépasser. Je ne pense pas réaliser à quel point cette expérience a eu un impact sur moi encore.  C’est cheesy, mais clairement les ups and downs de cette aventure m’aident à devenir la meilleure version de moi-même. Jamais je ne pensais être capable de voyager en Inde pendant 3 mois toute seule, jamais je ne pensais pouvoir vivre avec 30 autres personnes dans une maison ou travailler sur une ferme. 

Après un an, j’ai l’impression de laisser un peu de moi partout où je vais et de me laisser imprégner par chaque endroit. Montréal va toujours rester ma ”base”, mon ancrage, mais mon coeur est aussi un peu partout maintenant. Ma maison c’est dorénavant tous ces endroits visités, ces moments passés à découvrir de nouvelles cultures et ces gens rencontrés sur la route. 

Je pense revenir à Montréal dans quelques mois. Retourner à la maison me semble abstrait aujourd’hui et ça me fait un peu peur en fait. Peur qu’il y ait un décalage entre ma vie d’avant et présentement. 

Une chose est sûre : la poutine va être bonne ! 

Samia 

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